Denis Emorine, “Comme le vent dans les arbres” (Ladolfi, 2023)

A cura di Sonia Elvirenau, traduzione a cura di Giuliano Ladolfi

Denis Emorine est le poète des obsessions comme les grands poètes de tous les temps. Il ne cesse de les dévoiler non seulement dans ses poèmes, mais dans toute son œuvre (poésie, romans, théâtre, essais) : amour, mort, identité, temps.

Poète de l’amour et de la mort surtout, le poète semble les engager dans un dialogue riche d’images et de sens, au fond un monologue intérieur révélateur de son vécu dramatique sous les apparences d’un dialogue avec le fantasme d’une femme russe.

Le titre Comme le vent dans les arbres met en balance les deux côtés profonds de sa poésie : la douceur de l’amour face à la violence de la mort enracinée dans son âme à tel point qu’elle empêche la joie de vivre. Le poème qui ouvre son recueil en est la meilleure illustration : « La douleur/ a courbé nos épaules/ et bloqué notre dos/ nos yeux nous trahissent toujours entre deux mots// Aucune prière ne détruira notre douleur/ nous sommes veufs de la mort/ des êtres aimés ».

Le lecteur ne doit pas se laisser tromper par le sous-titre Poèmes pour Natacha Rostova qui renvoie à l’héroïne de Tolstoï de Guerre et Paix. C’est une manière de rendre hommage à la grande culture russe par une femme qui incarne son esprit et en même temps de s’interroger sur l’Histoire. Denis Emorine le fait souvent dans sa poésie par des poèmes dédiés aux femmes poètes qu’il admire. Natacha comme Olga du recueil Romance pour Olga ne sont que des fantasmes, un symbole, l’incarnation de l’identité slave, l’expression de son admiration mais aussi un moyen d’établir sa parenté lointaine avec l’Est par ses ancêtres.

Pour le poète français, l’Est est la source de l’amour et de la douleur, car le drame de sa mère est lié aux événements tragiques de l’Est. La mort de son père revient souvent dans ses poèmes dans le leitmotiv de la forêt de bouleaux :« Je mourrai un jour/ ébloui par les étoiles/ que je n’ai pas su aimer/ et rattrapé par la/ forêt de bouleaux/où repose mon père ».

Pour Denis Emorine « la mort vient de l’Est », il le rappelle sans cesse dans ses vers, c’est comme un refrain musical. Rien ne le console, ni même l’amour. Son regard est voilé par cette obsession qui le traverse, il y sombre, piégé à jamais :« l’horreur n’a pas de nom/ j’ai perdu le mien/ aux portes de l’Est/ je vois danser les prisonniers sous/ les coups des bourreaux/ dont les hurlements se répandent/ sur le monde/ la nuit répand la mort/ qui/ vient de l’Est ».

La joie de vivre est empoisonnée par l’obsession de la mort de ses parents, le chemin de sa vie est assombri par la perte de sa mère qu’il a beaucoup aimée. Cela explique les leitmotivs du petit garçon inconsolé et de la jeune femme brune aux yeux bleus de ses poèmes. L’amour de la mère est invoqué comme seul appui à son passage au-delà : « Au pied de l’arbre blanc/ vomissant du sang/ j’attends toujours/ le retour de la jeune femme brune aux yeux bleus/ qui me prendra dans ses bras pour/ m’aider à mourir. »

L’obsession de la mort s’apparente à la quête identitaire à travers le temps qui ne permet pas le retour en arrière autrement que par la mémoire affective, elle-même fragilisée. Pour Denis Emorine les souvenirs de L’Est se partagent entre la beauté de la femme russe, telle Natacha, et l’horreur de la guerre. Mais ni la beauté, ni l’amour, ni la poésie ne peuvent rien faire contre la mort. Son fantasme est toujours là, menaçant, un fardeau écrasant qui provoque des insomnies :

« Tu ne vois pas la croix/ qui / glisse sans cesse de mes épaules/ en éraflant ma peau/ elle est là depuis toujours/ me rappelant que j’existe// Je voudrais me protéger d’elle/ ou me réchauffer à son ombre/ en oubliant les crépitements de la vie/ Tu ne la vois pas/ et pourtant elle me rejoint/ la nuit lorsque/ l’insomnie me défigure/ La mort/ la mort vient de l’Est ».

L’amour et la beauté de sa jeune mère traversent obsessivement ses poèmes. Son image revient à sa mémoire encore plus douloureuse sous les plis du souvenir : « Je suis toujours ce petit garçon/ébloui par la beauté/ de la jeune femme brune aux yeux bleus/ elle ne m’avait jamais avoué/ qu’elle s’enfoncerait un jour/ dans la forêt de la mort/ avec l’homme qu’elle aimait/ en me léguant le poids de l’Histoire/ J’aurais voulu tuer avec mes mots/ les bourreaux de l’Est ».

L’Histoire avec son cortège de guerres et de tragédies bouleverse la vie du poète, brise son identité, fait de lui un exilé. Il ne peut pas oublier ses morts chers, effacer sa douleur, se réconcilier avec elle, faire de ses vers un champ de bataille, seulement crier sa révolte, sa haine, confesser son drame qui l’empêche d’aimer la vie, de retrouver son amour pour un pays admiré pour sa culture.

Natacha est une interlocutrice muette, une accompagnatrice du poète à travers la Russie, devenue un« pays glacé », « le pays des mitrailleuses », de la mort, où repose quelque part la tombe inconnue du premier mari de la jeune femme brune aux yeux bleus. Elle est un lien entre l’Est et l’Ouest, entre deux identités et deux cultures, mais aussi une sorte de thérapeute qui assiste à l’anamnèse du poète, l’aide à livrer ses obsessions, sans réussir à le guérir. Il erre encore dans sa nuit, hanté par le drame de ses parents qui l’avait ravagé depuis son enfance.

Les poèmes de Denis Emorine sont le chant douloureux d’une vie atteinte par le cauchemar de la mort, avec le sentiment prégnant de l’exil intérieur et des accents de révolte, de haine contre les horreurs de l’Histoire.

Comme le vent dans les arbres est écrit comme un seul souffle, avec de petites pauses de respiration, sans ponctuation, sans titres, laissant les vers se mettre sur la page dans leur musicalité, en l’absence des rimes, leur mélodie émane de la sonorité des phrases, de leur rythme intérieur. On pourrait voir dans la poésie du poète français un requiem pour l’Est.

 

(Mondes Francophones, https://mondesfrancophones.com/comptes-rendus-2/comme-le-vent-dans-les-arbres-de-denis-emorine/)

 

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«Come il vento fra gli alberi» de Denis Emorine

 

Sonia Elvireanu

 

Denis Emorine è il poeta delle ossessioni, come i grandi poeti di tutti i tempi. Non smette di svelarle non solo nelle sue poesie, ma in tutta la sua opera (poesia, romanzi, teatro, saggi): amore, morte, identità, tempo. Poeta dell’amore e della morte soprattutto, sembra coinvolgerle in un dialogo ricco di immagini e di significato, che altro non è se non un monologo interiore rivelatore del suo vissuto drammatico sotto le apparenze di un dialogo con la fantasia di una donna russa.

Il titolo Come il vento tra gli alberi bilancia i due lati profondi della sua poesia: la dolcezza dell’amore e la violenza della morte radicata nella sua anima a tal punto da impedire la gioia di vivere. La composizione che apre la raccolta ne è la migliore illustrazione: «Il dolore ci ha piegato le spalle / e bloccato la schiena / i nostri occhi ci tradiranno sempre / tra due parole d’amore / Nessuna preghiera potrà / distruggere il nostro dolore / siamo vedovi della morte / delle persone che sono a noi care».

Il lettore non deve lasciarsi ingannare dal sottotitolo Poesie per Natacha Rostova che rimanda all’eroina di Tolstoj di Guerra e Pace.  È un modo per rendere omaggio alla grande cultura russa mediante una donna che ne incarna lo spirito e allo stesso tempo per interrogarsi sulla Storia. Emorine lo fa spesso con testi dedicati alle poetesse che ammira. Natacha come l’Olga della raccolta Romance per Olga è non solo un fantasma, un simbolo, l’incarnazione dell’identità slava, l’espressione della sua ammirazione, ma anche un modo per stabilire la sua lontana parentela con l’Oriente dei suoi antenati.

Per il poeta francese, l’Est è la fonte dell’amore e del dolore, perché il dramma della madre è legato a tragici eventi. La morte del padre ritorna spesso nelle poesie attraverso il Leitmotiv della foresta di betulle: «Un giorno morirò / abbagliato dalle stelle / che non ho saputo amare / catturato dalla selva di betulle / dove giace mio padre».

Per Denis Emorine «la morte viene dall’Est»; lo ricorda continuamente nei suoi versi, è come un ritornello musicale. Niente lo consola, nemmeno l’amore. Il suo sguardo è offuscato da questa ossessione che lo attraversa, e lui vi sprofonda, intrappolato per sempre: «l’orrore non ha nome / e io ho perso il mio / al limitare dell’Est / vedo danzare i prigionieri sotto / i colpi dei carnefici / le cui urla si spandono sul mondo / la notte diffonde la morte / su chi / viene dall’Est».

La gioia di vivere è avvelenata dall’ossessione per la morte dei genitori, il percorso della sua vita è offuscato dalla perdita della adorata madre. Questo spiega i Leitmotiv del bambino inconsolato e della giovane bruna dagli occhi azzurri delle sue poesie. L’amore per la madre è invocato come unico sostegno al suo passaggio verso l’oltre: «Ai piedi dell’albero bianco / che vomita sangue / io sto ancora aspettando / il ritorno della giovane bruna dagli occhi azzurri / che mi prenderà tra le sue braccia / per aiutarmi a morire».

L’ossessione della morte è simile alla ricerca identitaria attraverso il tempo che non permette il ritorno se non attraverso la memoria affettiva, essa stessa indebolita. Per lo scrittore i ricordi dell’Est si dividono tra la bellezza della donna russa, come Natacha, e l’orrore della guerra. Ma sia la bellezza sia l’amore sia la poesia sono impotenti di fronte alla morte. Il suo fantasma è sempre lì, minaccioso, un fardello schiacciante che causa insonnia:

«Non vedi la croce / che mi / scivola di continuo dalle spalle / graffiando la mia pelle / e sempre lì è stata / a ricordarmi che esisto / Vorrei proteggermi da essa / o riscaldarmi alla sua ombra / scordando il crepitio della vita / Tu non la vedi affatto / ciononostante lei mi raggiunge / di notte quando / l’insonnia mi sfigura / La morte / la morte viene dall’Est».

L’amore e la bellezza della giovane madre attraversano ossessivamente le sue poesie. La sua immagine torna alla memoria dell’autore ancora più dolorosa sotto le pieghe del ricordo: «Io sono sempre quel bambino / abbagliato dalla bellezza / della giovane bruna dagli occhi azzurri / mai lei mi aveva confessato / che un giorno si sarebbe addentrata / nella foresta della morte / con l’uomo che amava / lasciandomi il peso della Storia / Avrei voluto uccidere / con le parole i boia dell’Oriente».

La Storia con il suo seguito di guerre e di tragedie sconvolge la vita del poeta, rompe la sua identità, lo rende un esiliato. Egli non può dimenticare i suoi cari morti, cancellare il suo dolore, riconciliarsi con lei, fare dei suoi versi un campo di battaglia, gridare soltanto la sua rivolta, il suo odio, confessare il dramma che gli impedisce di amare la vita, di ritrovare il suo amore per un Paese ammirato per la cultura.

Natacha è un’interlocutrice muta, un’accompagnatrice dello scrittore attraverso la Russia, diventata un «Paese ghiacciato», «il Paese delle mitragliatrici», della morte, dove riposa da qualche parte la tomba sconosciuta del primo marito della giovane bruna dagli occhi azzurri. È un legame tra l’Est e l’Ovest, tra due identità e due culture, ma anche una sorta di terapeuta che assiste all’anamnesi del poeta, lo aiuta a tradire le sue ossessioni, senza riuscire a guarirlo. Egli vaga ancora nella notte, ossessionato dal dramma dei genitori che lo ha devastato fin dall’infanzia.

Le poesie di Denis Emorine sono il canto doloroso di una vita toccata dall’incubo della morte, con il sentimento preesistente dell’esilio interiore e con accenti di rivolta, di odio contro gli orrori della Storia.

Come il vento tra gli alberi è scritto come un solo respiro, con piccole pause, senza punteggiatura, senza titoli, lasciando i versi sulla pagina nella loro musicalità, senza rime; la loro melodia proviene dalla sonorità delle frasi, dal loro ritmo interiore. Si potrebbe vedere nella poesia del poeta francese un requiem per l’Est.